La Professeure Audrey Macklin [profil], enseignant à l’Université de Toronto, a mis en exergue que les personnes faisant l’objet d’actes de torture pouvaient être sujettes à l’amnésie par la suite. La jeune enseignante prend alors un exemple récent, celui d’Omar Khadr [article Radio Canada], un canadien ayant fait l’objet d’un procès à Guantanamo pour des crimes qu’il aurait prétendument commis à l’âge de 15 ans.

Le premier témoignage obtenu le fut à la base de Bagram en Afghanistan où Khadr avait été retenu pendant trois mois après son arrestation en juillet 2002. Le militaire devant mener l’interrogatoire procéda à celui-ci moins de 12 heures après que l’adolescent soit sorti de l’hôpital alors que celui-ci était sur un brancard encore sous l’emprise des sédatifs. Le militaire ayant mené l’interrogatoire fut jugé par la suite devant une Cour martiale après la mort de deux détenus Afghans à Bagram. Celui-ci plaida coupable et pu obtenir une réduction de sa peine en reconnaissant les abus qu’il avait réalisé à l’encontre d’autres détenus. En conséquence, il ne fut condamné qu’à une peine de 5 mois et demi d’emprisonnement. Cependant, lorsque la semaine dernière l’interrogateur de Kahdr a été entendu par la défense du jeune canadien celui-ci a été incapable de se rappeler des traitements qu’il avait infligé au détenu. Il se rappelait qu’il avait menacé Kahdr en lui narrant le viol et le meurtre fictifs d’un jeune afghan par 4 hommes noirs dans une prison américaine. Au contraire il ne se rappelait pas avoir forcé le jeune homme à rester debout pendant des heures en le privant de sommeil, il ne se rappelait pas non plus l’avoir forcé à se tenir assis dans son brancard, lui causant de ce fait une peine insoutenable.

L’interrogatoire d’Omar Kahdr a eu lieu il y a de cela 8 ans, ce qui pourrait être à l’origine de l’oubli manifeste de l’interrogateur en question. Omar Kahdr doit aujourd’hui faire face à un jury d’officiers militaires américains alors que son inculpation repose sur des preuves obtenues sous la torture et la violence. Selon les mots de la Professeure Macklin : »Nous pouvons essayer d’éradiquer de notre mémoire l’implication du Canada dans cette affaire, tout comme l’interrogateur n’a eu aucun souvenir des actes qu’il a commis, mais l’histoire n’oubliera jamais. En choisissant de ne pas intervenir, le Canada sera jugé par l’histoire, et il le sera durement. »